Monday, October 23, 2006

Pierre Ménard: le souvenir du lendemain

C'était avant, c'était ailleurs. Il grognait plus qu'il ne parlait. Je
regarde souvent vers lui, mais lui jamais vers moi. Je le savourais
comme on se délecte de la fragilité des jours. Avec l'air d'avoir en
lui absorbé toutes les nuits. Nous étions vivants. Tu glissais ta main
dans mon dos. La mort des autres ne nous bouleversait pas. J'écris des
phrases avec des sons compliqués. Pendant que les enfants jouent,
nous, à quoi jouons-nous ? On n'échappe pas au passé. Je n'entends sa
voix que par intermittence. Nos rythmes avaient du mal à s'accorder.
Et ça ne sortait pas, comme coincé dans les plis du front. Alors, le
bras sur son épaule. S'il fait beau on est là, y'a des trains qui ne
bougent pas. Les filles, oui, mais l'amour, ça le faisait bien rire.
Et comment c'est déjà de ne pas être ici ? C'était toujours la faute
des autres. Je ne voulais pas faire de bruit... Je sentais la tension
monter. Pas encore, me dirai-je. Les sons me parviennent depuis la
terrasse. Dans les endroits inexplorés te vois-tu passer tes nuits ?
Les ombres ont pris la tangente avant l'aube. Rien n'aura changé. Je
déteste la sauce entre les mots. C'est un son nouveau, qui résonne mal
dans la grande salle vide. Pendant la nuit, tout a bougé. Il était
leur héros, leur rempart aussi. C'est la faute de la lumière oblique.
J'aime la chronologie, le découpage du temps. Je parle toute la
journée à voix haute. Des bribes de phrases qui m'habitaient,
tournaient en boucle sans s'installer jamais. Nous avons emporté les
clés misant tout sur le cardiogramme pour goûter, un instant, au
bonheur, en passant. Tu assistes à la métamorphose dans l'ivresse. Il
parvenait tout au plus à nous attendrir. Le mouvement de ses lèvres
quand il fredonnait. Elle tremblait de tout son corps quand ils sont
arrivés. Tu voulais marcher jusqu'au bout et j'ai compris que rien
t'en empêcherait. Le ciel a fait son temps, on ne pense pas à ça, je
suis toujours surpris. A rêver de confort sous l'amiante. On aime
flirter avec le danger quand on est hors d'atteinte. Et ça suffisait
bien, comme le soleil l'été qui vient vous chercher le matin. Surtout
si c'est dehors, le souvenir du lendemain. Je regarde autour de moi.
Je cherche des traces. Quelque chose m'empêche de raconter. Ces images
sont à la fois douces et douloureuses. Quand vous vous souviendrez,
j'ai vu de près ses yeux qui souriaient, ses ridules chassant l'écume,
la joue brûlante. Le sourire d'une femme comblée par les hommes
qu'elle aimait. Votre seule ambition est d'arriver au soir. Et tu ne
sauras jamais ce qui le travaillait, seule la nuit ne veut pas te
lâcher, mais tu t'en vas toujours. Se débarrasser de la nuit. Une
parole la sortirait d'affaire, un geste, un mouvement. C'est aussi
l'occasion de se frotter aux autres. Je répète mécaniquement, comme
toutes les poésies que j'ai apprises. Chacun va poursuivre ce qu'il a
commencé. Fais-moi revenir au monde. Je suis au commencement d'un
monde infini. J'attends la suite.

Saturday, September 23, 2006

Gottfried Gröll: Vie et opinions

1

Mon nom est Gröll. Gottfried Gröll. Je penche.
Mon nom est vide à l’intérieur mais
cercle. Il y a tant et tant
qu’on peut fuir et revenir les organes
bien en mains et subtiles.
Les oiseaux c’est moi et moi avec du souffle.
Les plumes je ne sais pas. Il y a des choses
que j’ignore tellement je suis. J’ai vu
tourner mais pourquoi ? Et cela ne me fait
rien. Car Gröll connaît les lettres A et A
et T aussi et aussi le monde de l’impératif.

2

Le jour de ma naissance est venu. Par surprise
le jour de ma venue mais après.
Il faut bien voir sa naissance pour être
sûr et ne pas risquer. C’est de l’économie.
La naissance a lieu le jour de vie avec un pli.
Elle remonte à la surface. C’est 181 qui parle.
Les autres existants sont compris sous 99.
Gröll se souvient de petit mais pas tout.
Les barbituriques sont finalement.
Surtout le soir. Loin maintenant tout
se tient dans l’avenir et surtout.

3

Dieu me chie dans les bottes et alors ?
Gröll n’est pas parallèle. Mes pensées
c’est du café avec un peu d’électricité
sous la forme d’un triangle équilatéral
dont un côté est vertical et l’autre horizontal.
Gröll est composé de trois points : la nuque
la nuque et la nuque. Il possède un dos
et un ventre et ce ventre a sept ventres
plus un. La discussion de cette question
est ainsi. Lorsqu’on retranche 12
il reste peut-être et c’est bon.

4

Marcher sur l’eau n’est pas. Ni
regarder. Il faut et il faut pour voir
un sourire et puis aussi.
Gröll attend Gröll mais ne vient
pas. Il chante dessus et autour
et fume une durée avec des couleurs.
Gröll poursuit Gröll sans le reconnaître.
Sa peur de devenir une table sans teint
car il grouille de formules mathématiques.
Si on prend un arbre il faut bien
admettre que c’est un mauvais exemple.

5

Gröll va voir l’océan de mer.
Il regarde le bleu qui intercède entre lui
sans faille. Du bleu compact qui
tranche et qui. J’aime respirer l’odeur
et sentir. Les poissons c’est de l’eau
concentrée qui danse. Les poissons
se tiennent dans le bleu très bien.
Ils savent parler vent. Je suis télépathe
avec les couleurs. Les sons c’est moins.
C’est comme du verre sinon rien
et puis c’est pire.

6

Le froid c’est la dent qui sait.
Quand il pleut il y a peu d’espace entre les jours.
Le ciel est très bas et en face on range
les arbres quelque chose. Si c’est le vent
on s’enroule. Il n’y a pas de mystère
quand c’est rouge rouge tout est clair.
Le ciel violet c’est Gröll qui caresse
avec les doigts plus épais qu’une éponge.
Les lettres ne font que chiffrer
les degrés de la hiérarchie de l’être
et pourtant non.

7

Les animaux poussent dans la sueur.
Ils ont tendance à prendre de l’embonpoint.
La souffrance des animaux est blanche et rouge.
Elle ressemble à la nôtre en tous points sauf
au centre. Là se trouve une bulle qui. Se fige.
Les animaux ne se plaignent pas. Surtout
les chiens. Ils pénètrent dans l’air avec leur forme
et n’en ressortent pas avant la fin qui est
une multitude ou presque. Alors survient alors.
Certains disent qu’il y a un rapport
mais Gröll n’y voit que du feu.

8

Les hommes il a des restes de reptiles dans le sang.
A l’angle de la tête on trouve l’épine qui est
aussi appelé l’esprit. La chair c’est un essai
de peau au ras des os. Les écailles on les met
où on peut autour des oreilles et ailleurs.
Les hommes ils ont le nez bien en bouche
juste au-dessus de la clavicule sud.
Celle qu’on rase avec le marteau à pointes.
Entre genoux et poumons il y a quoi.
Tout ça bien sûr c’est tombé du ciel
avec une petite gousse d’étoile pygmée.

9

Après la mort il y a une olive au centre
d’une pizza. Il faut faire attention au gruyère
fondu si on veut rentrer et se retrouver.
J’y ai donné rendez-vous à un ami
mais personne ne sait qui arrivera le premier.
A l’enterrement les gens pleurent
ce qui n’est pas un mal du point de vue.
Pourtant la mort pourtant c’est juste de l’usure.
Il suffit de rire et de. Voilà tout. Gröll lui n’a pas
peur car il est légèrement strabisme et porte
des chaussures jusqu’au bout des orteils.

10

Quelle violence assez le monde par ici.
En France il y a du gras c’est pour ça.
Moi je regarde par la fenêtre et j’aspère.
Je viens d’un souvent qui n’est pas neutre.
C’est le mieux. Il y aurait beaucoup à dire
des indigènes d’ici. Gröll trouve qu’ils ont
la fatigue sans aucune majesté et puis c’est tout.
Sur les trottoirs on voit des crottes et des figures
et parfois tout se mélange parfois. Voilà qui
ressemble à du pâté de tête qui pousse.
Ou du chiendent. C’est cochon comme cochon.

11

Les gens prennent svt les idiots pour des idiots
ou pts d’interrogation. C’est une façon de voir
les choses qui est imperméable et technique
et surtout. L’idiot en fait est un placenta qui pense.
Juste il ralenti le rythme pour être plus près
et plus près. Gröll n’est pas idiot. Ses pensées
il les range bien soigneusement dans une boîte
puis compose le numéro téléphonique du temps.
Gröll pense qu’il pourrait animer un jeu TV.
Ou bien danser avec Madonna une partie
de ping-pong en forme de bierre.

12

La Terre est notre grille-pain.
Les nuages n’ont rien à voir avec la pluie.
Les nuages sont roulement de tambour
et voilà. L’horizon on le tartine de goudron
et on ajoute des pierres et des briques.
Dans certains coins le vent soulève
le paysage et le découpe en tableaux.
On dirait des photos avec de la lumière
de la lumière créaturelle qui bouge.
La lumière est à l’opposé du noir.
Elle n’a pas de respiration dans l’espace.

13

Le lundi c’est certains jours.
Il y a aussi mercredi et jeudi.
D’autres jours c’est dimanche que faire.
Alors on marche. Il s’agit de décoller
les pieds du sol. Parfois c’est un peu pénible
et un peu parfois. Mais il arrive aussi qu’on
se laisse glisser. Certains appellent ça le ski.
Marcher ce n’est pas dur c’est même là qu’on
trouve les meilleurs couteaux. Quand on y songe.
Un jour on pourra se déplacer à l’aide du crabe
qui se situe entre les jambes droites.

14

Quand je me réveille je regarde ma tête
et je la trouve. Ensuite il y a ensuite et puis
tartines et confitures. Sans oublier le thé.
Pour peigner ses dents Gröll utilise une brosse.
Il se lave le besoin sexuel par des vomissements de nez.
Gröll n’a jamais pris la forme d’une chaise ou d’un lit
pourtant parfois on s’assoit sur moi et c’est bouse.
Il se peut que je m’énerve mais je suis très patient.
Car je crois que je ne suis pas encore mort.
A la fin il s’habille en pantalon conformément à l’usage d’ici.
S’il fait beau je sors de chez moi tout en longueur.

Thursday, September 07, 2006

Gilles Toog: Ovidie, Coralie et les autres

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accessoires


pourquoi refilment-ils
tout ça on l'a déjà vu
des centaines de fois
on connaît les limites
sont sues elles sont
au nombre de
4 accessoires main
bouche vagin anus
avec ça on n'écrit pas
un poème on ne fait
pas un film on baise
juste pour de vrai

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ovidie elle tu te places en-dessous
il vient la prendre mais c'est elle
qui la caméra est là tu la branles
alternativement tu lui suces les
couilles tu lui caresses les seins
pendant qu'elle regarde tu prends
position derrière tu te mets sur
l'accoudoir le cul sur l'accoudoir
elle s'occupe de toi pas comme ça
plus de velouté la minette avec
coralie elle entre se déhabille
elle se positionne doggystyle
comme si elle attendait son tour
toi tu tu passes de l'une à l'autre
en tenant sa bite ça va en dessous
non non je vous oublie pas allez
on la fait moteur action ça tourne

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figures


tout repose sur un nombre limité de combinaisons
les accessoires sont au nombre de 4
BMVA main bouche vagin anus
la combinatoire humaine

HF FF HHF FFF
HHHF HFF HFFF
HHFF HHFFF HHHFF
HHHHFFF
HHFFFFF
HHHHHFFFF
FFFF HH HHH


est beaucoup plus complexe moins prévisible
un bon scénario doit prendre en compte
la question arithmétique
qui détermine le nombre de figures possibles

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révolution


baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baiseront
mort au travail qui tue oui aux plaisirs qui ne tuent pas
non au couple légitime oui aux amours nombreuses
on n'est jamais assez à plusieurs pour se faire du bien

boulevard saint michel pavé en main contre le pouvoir
ça s'est terminé sur le canapé avec une caméra et les copains
c'est devenu un business cinéma vhs dvd internet parfois
j'ai l'impression que le pavé m'est retombé sur la tête

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orgie en noir


des études américaines de 1971 ont démontré
que le visionnage d'un film érotique augmente
considérablement la libido pendant deux jours
puis cela redescend les filles qui font ce métier

veulent désinhiber les gens qu'ils se sentent à l'aise
avec leur sexualité qu'ils apprennent à jouir
qu'ils ne culpabilisent pas qu'ils développent
d'autres connaissances et techniques sexuelles

les pionnières en france bourdon sylvia beccarie
claudine lahaye brigitte se sont souvent heurtées
aux féministes qu'on appelait souvenez-vous les
mal baisées ovidie est descendue au vidéo club

elle était excitée par les films avec son ami punk
là-bas à Tours les films américains la fascinaient
elle regardait les filles avec le regard gourmand
d'un mâle elle en a produit plusieurs orgie en noir

série Z elle pense son érotisme n'est pas de façade
on lui a reproché parfois son deug de philosophie
comme si l'érotisme n'était pas aussi objet à penser
le sexe est ouvert comme un possible depuis le voile

jusqu'à l'orgie en noir

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ce toujours besoin de frotter
peau contre peau sexe
contre sexe mot contre mot
pare-choc contre pare-choc

en frottement toujours
en mouvement sous peine
de quoi au juste on oublie
ah oui sous peine de ne pas

frotter

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hors caméra


ne me branle pas sinon
je risque de jouir avant
de m'être introduit en toi

je te branle parce que j'en
ai envie je me fous de la prod
je te branle et je m'en branle

mais si je jouis ça va retarder
la scène il va falloir attendre
que je rebande

je me fous de la scène je te
branle parce que j'en ai envie
j'ai envie de te voir jouir

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je n'ai jamais eu de rapports normaux
avec les mecs c'étaient toujours
des dingues de cul ils n'avaient que ça
en tête le cul le cul le cul le cul
ils pensaient qu'à la baise constante
tous les mecs avec qui je suis sortie
il y en a qu'un qui m'a filmée
j'ai aimé me voir baisée par lui
c'est pas de l'humiliation c'est la rage
du sexe que j'ai aimée voir j'ai aimé
me voir possédée par elle à travers lui
pourquoi je crois que c'est une colère
qui s'est transformée en volonté de jouir
peut-être que ça a quelque chose à voir
avec l'enfance difficile de savoir

...........................

actrice


si j'avais été aimée enfant
j'aurais pas connu ce besoin
de montrer mon corps
provoquer le désir de mon corps
l'offrir à l'infinité des regards
à la multiplicité hasardeuse
de partenaires réels ou virtuels
si mes parents peut-être
je serais pas hardeuse

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la preuve de l'existence du cul


vous savez moi quand je vois un homme
qui traverse la rue je pense
qu'il est la preuve de l'existence du cul
sans cul nul homme n'eut traversé la rue

si ce soir-là la femme avait dit à son mari
pas ce soir chéri je suis fatiguée
je n'aurais pas cette preuve sous les yeux

en le voyant ainsi traverser je pense
tout de même quelle excellente preuve
de l'existence du cul
que cet homme traversant la rue

...........................

déjà résonne au loin


assourdie par d'épais
coussins je n'entends
plus le dehors ce
puits où chaque pierre
chaque visage
chaque paire d'yeux
chaque chacun
chacune chacal
déjà résonne au loin
un bruit de pas
le dehors approche
son étreinte est proche

...........................


ovidie coralie et les autres
en ont vu beaucoup
et sous tous les angles
on les a vues plus
qu'on ne voit quand on
n'en voit pas autant
pas même à trois
jamais on ne peut voir
tout ce que l'on voit
dieu seul voit tout
a tous les points de vue
mais le cinéma l'intéresse
moins que l'action

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CCC

pourquoi toujours
piscine château
pourquoi pas
cuisine cave cellier

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astronomique


cacher les images que les enfants
ne voient pas les images elles
débordent dégoulinent
leur horloge érotique avance

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mordicus


le poète e soutient que poésie
lyrique et porno gay ce sont
deux branches du même arbre
deux membres d'un même corps

je n'ai pas trouvé d'arguments
aptes à le détromper il m'a envoyé
une photographie de son sexe
en érection sur lequel j'ai pu lire

nous sommes tous des innocents

...........................

sel, détruites


comme au supermarché sur
le comptoir halète les clients
branlent le bus pareil il faut
que le chauffeur par la passagère
pour qu'on puisse repartir
idem à la poste idem à la banque
aux impôts à l'anpe au louvre
dans les jardins publics les hôpitaux
dans la rue partout de tout côté
pas un angle non contaminé par
cette fièvre des (d)ébats ont lieu
des lois des mesures on ne doit pas
prises dans sur après à telle ou
telle heure époque du sel, ils

brûlent


(Une version lue de ce texte figure sur Kilobytes'Patron.)

Saturday, August 19, 2006

Sorin Ghergut

matè féca2

chaudes, matinales
matières fécales
et étoiles.
marche, a travers

si tu veux laisser une trace sur le plancher
couche toi au-dessus
couche toi au-dessous.
le jean qu’est-ce qu’il faisait ?

où mettent-ils le pied
george anne andrée
rose, sébastien ?
il n’y a, là, rien/rien autour, rien !

*

je fais du sexe oral avec le soleil ma langue arrive à se frayer un passage
à travers ses rayons un peu poilus
quelques-uns, d'autres soigneusement épilés
je tente la même chose avec les étoiles
je déchire avec mes dents la lingerie intime de l'antimatière

j'urine dans un trou noir qui se fait rose, un rose si dégoutant que j'ai envie de vomir et je vomis et de ce que je vomis un nouvel univers prend naissance
mon nom est ghergut même le plus intelligent individu de l'espèce la plus avancée la plus forte de ces mondes (mes mondes) ne pourra jamais le prononcer

trois consonnes, deux voyelles

partout où je pose ma main il y a des touches, partout où je marche il y a des pédales

partout où je mets le pied, si lentement
que ce soit, quelque-chose, autre que moi, se met en mouvement

*

un peu grotesque (je voudrais être)

J’aimerais écrire un poème qui soit une gaffe énorme, quelque chose qui désespère, qui détruise tous mes vrais amis

Je pourrais mourir avant qu'un autre mal arrive, quand je me rends compte que
moi, mourir
est réellement une épouvante

la seule place ou j’aimerais revenir
unique espace ou j’aspire a être
à voir, à respirer, à savoir – dans le cerveau de mon enfant

cerveau gris comme un brouillard, et dans le brouillard un loquet froid
cerveau mis comme un sceau sur la porte d’un sénat

Non pas un kitsch facile à digérer, excusable. Mais une chose grotesque, simple et insuportable. inoubliable et incountournable

pas un kitsch pur et simple. pas seulement ridicule, pas de tout bestial,
mais quelque chose de tout a fait grotesque, c'est ça
je veux écrire quelque chose de grotesque, maman
quelque chose sans aucune chance

quelque chose de personnel, irrémédiablement
personnel

que les amis désespèrent, un méchant se mette en colère, que cela réveille l'amour dans une fille
une seule, de toutes celles qui vont lire !

*

organes génitaux
entre les étoiles
ils sont tiens
et miens

frémissant lentement
entre les astres, dans
le ciel mou
ils sont a nous

*

traduit du roumain par Sorin Ghergut

Tuesday, July 25, 2006

Gilles Toog

autostoppeuses

Les autostoppeuses

Durant une insomnie matinale, je pensai, en lien avec ma lecture de Qui je Fus de Henri Michaux, à ceci: quelque chose ne sonne pas encore tout à fait vrai dans ces premiers essais poétiques. Quelque chose que je ressens souvent dans d'autres écrits et que je ne parviens pas à définir. Quelque chose qui ne va pas, devant aller, pourtant : je sens confusément que c'est là, dans la compréhension de ce problème mécanique, que se situe ma vocation à écrire... J'ai établi horizontalement cette définition simple, candide comme je peux l'être, péremptoire aussi et que je vous donne à lire.

Il y a dans le geste d'écrire en vue d'être lu, que j'appelle énergie littéraire, 3 éléments: I: le Soi (dans l'acception de C.G. Jung, un Moi étendu aux dimensions de l'inconscient personnel et collectif, intégrés dans le conscient): II: l'Autre (le lecteur inconnu); III: les Pairs (le lecteur connu). Ce que j'ai trouvé chez le jeune Michaux de Qui je Fus, que je trouve déjà moins dans Ecuador (bien qu'on lise à la date du 1er février 1928 cette phrase essentielle: ces réflexions, je le sais, suffiront à me faire mépriser comme un esprit de quatrième ordre), c'est une très grande importance accordée à III, les Pairs. Un travail qui est destiné en premier lieu à se faire accepter et reconnaître d'eux. L'énergie littéraire détournée de I et II (le Soi, les Autres) pour aller à III (les Pairs), est à mon sens, une énergie perdue. III est, dans l'acte d'écrire, ce qui meurt le plus vite et sans agonie, qui a une espérance de survie et de propagation faible. Or III représente la part la plus importante des bons livres en prise avec leur temps. Je dirais que chez un auteur contemporain, I, le Soi, occupe de 10 à 15 %; idem pour II, l'Autre. Environ 75 % de l'énergie littéraire est consacrée à III, les Pairs. La critique suit le mouvement et l'accepte; elle s'identifie même à III, les Pairs, alors que sa place se situe déontologiquement en II, l'Autre. Le Soi et l'Autre, I et II, sont méprisés. Ils tendent désespérément un pouce vers le haut, tandis que III, les Pairs, leur tend son pouce vers le bas, depuis longtemps déjà. Je le regrette un peu. Tout un monde est ainsi voué aux gémonies, un monde qui est celui de l'homme. L'énergie littéraire dépensée à se faire signe, à se reconnaître, a peu de chance d'atteindre II, l'Autre; à moins que II soit confondu avec III, les Pairs. Les Pairs devenu l'Autre, c'est un danger de la littérature, le risque maximal même, celui du miroir. Je revendique pour ma part (j'espère pouvoir le vivre et l'affirmer bientôt devant mes semblables), la position de celui qui écrit avec les valeurs suivantes: I, Le Soi = 50%; II, Les Autres = 30%; III, Les Pairs = 20%. Ces chiffres sont à réévaluer du fait que I (le Soi) est une valeur jungienne et de ce fait, comprend une part non négligeable de II (l'Autre) et même de III. J'ai pris I et II comme passagers; ils attendaient depuis un moment sur le bord de la route qu'on veuille bien s'arrêter.

15 août 2006

Friday, February 17, 2006

Emily Haines

haines

NEW YORK LOVES ME

My pants around my ankles in a public toilet lit by searchlights from above, I know that New York loves me. The family man, standing in urine on a subway platform, spits right on the back of a rat on the tracks. The city gives him that, he's living on such luck. At regular intervals, disparate intersections merge and everyone feels everyone. I'm the rat, you're the family man, he's the public toilet. They're contractions. Everyone feels everyone until our genitals get nauseous, our cunts are queasy on the train until it's over. Our physical ruin is basic, you can't hide it here. Look down at the black galaxies of bubble gum stars. They're infinite.

I live in a loft on an industrial stretch in Brooklyn between the Poles and the Puerto Ricans, so I've always got a pierogi in one nostril and a deep fried pig's foot in the other. It's seven of us living here above the landlord's transfer company. Everyone working below's got a big diesel truck and a dirty tongue. They get started early in the morning, revving their engines and swearing at each other over the intercom. They're men. We're children. No one is disputing that.

Whenever I use the word 'loft' I think of a painter who hasn't painted anything yet but understands naming. It is winter. Broke and new to the city, the painter lays down all his money for a raw hole with huge windows. A visiting friend, dismayed by the remote locale and the lack of amenities, asks: "what do you call this?" All the painter wants is no breakfast nook, no den, no doilies. Living work. So he gives himself something to live up to. He pushes his thumbs through the holes in his pockets and calls the place what it will be, not what it is. With confidence, he calls his first-floor factory dwelling a loft. And it is one.

LONDON

We've been looking at real estate, a horrible pastime. One agent had a dark orange tan and fine brown hairs covering her entire face. Her laugh was like a cough. Driving to one property, a toothless kid with a mouth full of white bread put his [squeegee] to her windshield at a red light and called her a bitch when she turned on the wipers. It got her on the topic of "eastern european squeegee women babies [hanging of] them" and her desire to have them deported. I choked in the back of her all terrain vehicle. The property was a modern loft that felt like an office with mandatory venetian blinds. The developer wanted to prevent people from draping colorful shawls in the windows, she said.


Emily Haines is a songwriter and the singer of the band Metric

Wednesday, February 08, 2006

Patricia Ferrel

Casualties

Wounded at my window,
How do I save you? A human touch could
Burst your heart. Tell me what you eat you're so
Special to me because you survived two months on nothing
But insects.

I'm like an animal with no skills
In a well-lit room. What happens when aptitude
Deteriorates? What sound does waste make none,
Over music. The tragedy that would make me a sweetheart
Failed to come.

The new heart didn't take.
Don't show me the face! Don't let me
See the face don't make it personal. The beasts who are
My sole comfort, I will have to eat. No one told me the war was over.
Maybe, probably,

Yes. I remember
Waking up to the saturated with atmosphere.
I remember a fatigue in the trees. Something black flew close
Over our heads carrying a man's entire ribcage when you're not
Occupied with comforting,

You're killing. The thin silver cat
Runs after a pulse of bird. The snow is blind
And will forget the stain. We are trapped in this
Occluded landscape, our pulses tied to a flickering sun.
I need to go

Somewhere I can stare
Into a fire something about a war,
About a train. What do the dead do for an encore?
At what point should I use this body I was trying to save
As a human shield?

juan-moralejo_12

Drawing by Juan Moralejo.

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Crash


It will take an accident to bring
All that I love. Some freak
Design must have a hand
In it

One night you and I will crash
Into each other, all trumpet
Concussions and cartoon
Stars

Our bodies locked injurious, in blood
Complicit as newborn twins unable
To distinguish whose fault
Or foot it is

Still gunning the squalling engine,
Announcing our arrival, passing out
Cigars to a world made
Of ears.

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Some Resurrection


The wine tastes like Christ and provides
The necessary transformation.

The land of Love and Be Loved in Return
Engorges like a sponge.

Couples run through sunlit fields, giant bees
Hump mammoth flowers.

As long as the wine flows, I'm in love.
As long as I'm loved,

I'll swallow. But is living eternal summer
Really that much fun?

I'll never stop asking, running my mouth,
Listing wants I wouldn't

Want any more if I ever got one.
But Christ! I didn't die

On the cross only to come back to life
And be treated like this.

Read the translation by Noura Wedell

  • Silo
  • Charles Pennequin
  • Kilobytes' Patron
  • Les cahiers de benjy
  • Marelle, Pierre Ménard
  • Tapin
  • Sitaudis
  • Toog