Tuesday, March 15, 2005

Christophe Manon

l’idieu
xième cercle
(détails)

Le soleil bande bande le soleil bande. Le vent crache : de vastes glaires. Les fougères grognent en cadence. Les arbres étendent : leurs bras d’un violet délicat dans : des tourbillons d’air chaud qui : montent du sol. De gros cumulus laiteux déboulent du haut des montagnes du Nord comme : des tranches de viandes molles et rayonnantes. Un frisson angoissé parcourt : la cime des arbres. Les nuages aboient aboient les nuages aboient et boivent : le miel lacté du ciel tandis qu’un silence musclé cogne cogne : les tympans / le nez / les lèvres flasques / cogne : le ciel complètement vide comme : une grande baignoire. Idieu idieu je suis : un idieu pas d’autre mot : positivement idieu. Je suis un mutant issu du croisement d’un : idiot et d’un : dieu. Je suis né : à trente ans (né : à 30 ans) et sujet a : des morts et des naissances : alternatives quelquefois même : précipitées. J’ai la mine c’est ainsi la mine : d’un étron rétrograde et des yeux en forme de : feuilles de platane. Mon corps est composé d’éléments fort variés : de couleurs célestes ou terriennes / de cornes de bouc et de queues de roseaux / de rivières ou de forêts / de reins de louve ou de pieds de bœuf. Je n’ai pas : de limite pas de limite je suis : multiple de multiples et l’existence simultanée de tous mes éléments ne fait pas : de doute. À travers moi résonne à travers moi : le brame du cerf et dans : la tanière de ma poitrine est tapie : la bête féroce de mon cœur avec ses fortes canines. Je n’ai pas de demeure. J’erre parmi : les contrées de la Terre et je tombe je tombe à la croisée : des vides. J’aime tout ce qui pierre ou crâne ou ressort de pendule un jour fut expulsé de soi-même comme c’est bon expulsé et jeté hors d’usage et sans nom parmi : les détritus. Toute matière en chute m’exalte. Je trouve dans la mort je trouve : le vivant et aujourd’hui je viens à lui. Plane je plane au-dessus de la ville moi je plus léger que l’air suis et invisible plane comme si : me poussaient des ailes tant je me sens : bien et léger ici en haut ici riche assez et joyeux et magnifique. Un sentiment de bonheur s’élève en moi comme : une fusée car : je sais que : mon destin m’attend quelque part mon destin au milieu : des nuages. Je suis maintenant à : 13 407 pieds d’altitude 13 407 pieds et ma vitesse de croisière est : de 900 Km/h. Il fait 35° (degrés) au-dessous de zéro et je navigue entre : des cumulus verts et rouges et le soleil et je touche du bout des doigts comme c’est bon je touche : d’immenses canyons nuageux. Je suis : au ciel (ô ciel !) et mon cœur bat tellement que j’ai l’impression : d’exploser et c’est : bon et je deviens : de la lumière de la lumière je deviens : de la lumière et je me fonds dans : le bleu de l’orgone. Je fais l’amour à : l’espace vide autour : de moi. Je l’enlace. Je suis : partout partout à la fois et : nulle part. Mon esprit est l’immensité. Je suis absorbé et je disparais. Mon corps organique se décompose et se mêle : aux particules de gaz de : l’atmosphère (((((((((((rotule ↔ azote (N2) / vertèbres ↔ oxygène (O2) / larynx ↔ argon (A) / sternum ↔ vapeur d’eau (H2O) / clavicules ↔ gaz carbonique (CO2) / thorax ↔ néon (Ne) / pubis ↔ krypton (Kr) / viscères ↔ hydrogène (H) / plèvre ↔ oxygène d’azote (N2O) / humérus ↔ xénon (Xe) / fémur ↔ ozone (O3)))))))))))). Autour de moi fermente : le monde et brille l’image enivrée de : la Terre. Je vois : tout et je ne dis je ne dis : rien je vois tout : les néons lumineux / le fleuve et ses monstrueux bras gris-marrons chargés de tourbe / limons / laitance de poissons morts / les hommes qui sortent du sol comme : des fourmis pour aller : travailler (c’est fou ce qu’ils sont laids). Plane je plane. Je grimpe dans : les airs et fais : de la haute voltige. D’esprit en esprit je voyage et d’une poussée toujours plus : verticale je me déplace jusqu’à : l’autre bout de l’univers à travers : constellations et amas de gaz. Quelle sensation glorieuse j’éprouve alors quand : sous mes pieds la Terre barrit affamée et gloutonne comme dans : un rêve d’orage très fort. Plane je plane au-dessus : de la ville battant l’air de mes bras et petit à petit : je descends. J’assiste à ce qui était moi il y a à peine quelques fractions de secondes : visions rouges / rapides / brûlantes devant : mes yeux et je descends toujours en brassant : l’air en arrière. Alors me pousse aussi : le cœur et de nouveau se lève entre : moi et moi l’aube et l’esprit en moi grandit plus : joyeux et plus : libre. La nuit titube alentour. Des nuages noirs et rouges comme : des ecchymoses batifolent derrière : les dards acérés des pins. L’air est saturé d’un mélange : de désespoir et d’odeurs corporelles (urine âcre / sueur). Des rectangles irréguliers de bruit éclatent l’un après l’autre au passage : des moutons aériens. Idieu je suis : un idieu pas d’autre mot : positivement idieu. J’ai l’apparence c’est ainsi l’apparence : du Ienisseï en hiver et la souplesse : du vif argent. Emprisonné je jette : des étincelles comme c’est bon. Je me suis soustrait à la crainte des dieux car : je sais qu’en-deçà du : multiple il n’y a rien et qu’au-delà du : multiple il n’y a encore que : le multiple. Ma pensée n’est pas chauve car : je connais le secret de la foudre : avec mon cri je peux remonter : le chemin de l’orage. Un jour sur deux mon corps est : dur comme du bois. Parfois il est aussi épais : qu’un mur et parfois il est parfois comme : une eau noire et boueuse. Mes dents ont : la largeur d’un tiroir de commode. Maintenant mon corps est : collé et glissant comme : du parquet. Idieu je suis : un idieu. Je suis aussi incandescent que : l’univers en sa prime jeunesse. J’ai : de gros yeux ronds qui se posent un peu partout amoureusement. Je songe à : l’influence du futur sur le passé et je travaille à : l’avènement hasardeux et précaire de possibles insoupçonnés à : l’émergence de possibilités inouïes. Du sud de mon cerveau surgissent : des vérités insolites. Toutes les veilles connaissances je les chiffonne en : une boule de papier mâché. Il m’arrive même de penser que d’une manière générale là où il y a : un et encore un il y a aussi : trois et cinq et sept et l’infini. Une puissante poussée de l’amour envahit : tout mon être. La joie suffit à me réjouir mais : que je sois : heureux ne prouve pas que je ne sois pas : malheureux c’est ainsi. J’ai des yeux de oui qui observent : oragement le monde mais : mon regard parfois atteint parfois : la cote d’alerte. Je ressens alors : une petite colère aux creux des reins : feux doux qui vient d’un mélange de : soleil mal digéré et de : crottes de nez. J’ai vu triompher : le putanat toujours et partout mais : contre rien ni personne je ne peste ni ne blasphème : mes sacrés porcs désignent seulement : ce pressoir où moi-même je me tords. J’ai : des aveux de pattes de mouche et : le goût du plaisir. Je suis : aussi vulgaire c’est ainsi aussi vulgaire : qu’un saint. Ma seule ambition est : de surexister. J’aspire : la vie j’avale : la vie je l’absorbe je la dévore. Je sais ce que c’est que : l’air dans : les poumons et le sang dans : les veines. Je sais ce que c’est que : la santé. Je veux faire : du sport et l’amour. Je veux faire : l’amour soir et matin comme c’est bon car : toujours j’adhère au monde peau contre peau / ciel contre ciel et l’air transubstancié / limons / arbustes / ombre lisse qui glisse donnant la main à : tout

go to transmitsu (translation)


Christophe Manon vit à Paris.

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