Tuesday, July 25, 2006

Gilles Toog

autostoppeuses

Les autostoppeuses

Durant une insomnie matinale, je pensai, en lien avec ma lecture de Qui je Fus de Henri Michaux, à ceci: quelque chose ne sonne pas encore tout à fait vrai dans ces premiers essais poétiques. Quelque chose que je ressens souvent dans d'autres écrits et que je ne parviens pas à définir. Quelque chose qui ne va pas, devant aller, pourtant : je sens confusément que c'est là, dans la compréhension de ce problème mécanique, que se situe ma vocation à écrire... J'ai établi horizontalement cette définition simple, candide comme je peux l'être, péremptoire aussi et que je vous donne à lire.

Il y a dans le geste d'écrire en vue d'être lu, que j'appelle énergie littéraire, 3 éléments: I: le Soi (dans l'acception de C.G. Jung, un Moi étendu aux dimensions de l'inconscient personnel et collectif, intégrés dans le conscient): II: l'Autre (le lecteur inconnu); III: les Pairs (le lecteur connu). Ce que j'ai trouvé chez le jeune Michaux de Qui je Fus, que je trouve déjà moins dans Ecuador (bien qu'on lise à la date du 1er février 1928 cette phrase essentielle: ces réflexions, je le sais, suffiront à me faire mépriser comme un esprit de quatrième ordre), c'est une très grande importance accordée à III, les Pairs. Un travail qui est destiné en premier lieu à se faire accepter et reconnaître d'eux. L'énergie littéraire détournée de I et II (le Soi, les Autres) pour aller à III (les Pairs), est à mon sens, une énergie perdue. III est, dans l'acte d'écrire, ce qui meurt le plus vite et sans agonie, qui a une espérance de survie et de propagation faible. Or III représente la part la plus importante des bons livres en prise avec leur temps. Je dirais que chez un auteur contemporain, I, le Soi, occupe de 10 à 15 %; idem pour II, l'Autre. Environ 75 % de l'énergie littéraire est consacrée à III, les Pairs. La critique suit le mouvement et l'accepte; elle s'identifie même à III, les Pairs, alors que sa place se situe déontologiquement en II, l'Autre. Le Soi et l'Autre, I et II, sont méprisés. Ils tendent désespérément un pouce vers le haut, tandis que III, les Pairs, leur tend son pouce vers le bas, depuis longtemps déjà. Je le regrette un peu. Tout un monde est ainsi voué aux gémonies, un monde qui est celui de l'homme. L'énergie littéraire dépensée à se faire signe, à se reconnaître, a peu de chance d'atteindre II, l'Autre; à moins que II soit confondu avec III, les Pairs. Les Pairs devenu l'Autre, c'est un danger de la littérature, le risque maximal même, celui du miroir. Je revendique pour ma part (j'espère pouvoir le vivre et l'affirmer bientôt devant mes semblables), la position de celui qui écrit avec les valeurs suivantes: I, Le Soi = 50%; II, Les Autres = 30%; III, Les Pairs = 20%. Ces chiffres sont à réévaluer du fait que I (le Soi) est une valeur jungienne et de ce fait, comprend une part non négligeable de II (l'Autre) et même de III. J'ai pris I et II comme passagers; ils attendaient depuis un moment sur le bord de la route qu'on veuille bien s'arrêter.

15 août 2006

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