Saturday, September 23, 2006

Gottfried Gröll: Vie et opinions

1

Mon nom est Gröll. Gottfried Gröll. Je penche.
Mon nom est vide à l’intérieur mais
cercle. Il y a tant et tant
qu’on peut fuir et revenir les organes
bien en mains et subtiles.
Les oiseaux c’est moi et moi avec du souffle.
Les plumes je ne sais pas. Il y a des choses
que j’ignore tellement je suis. J’ai vu
tourner mais pourquoi ? Et cela ne me fait
rien. Car Gröll connaît les lettres A et A
et T aussi et aussi le monde de l’impératif.

2

Le jour de ma naissance est venu. Par surprise
le jour de ma venue mais après.
Il faut bien voir sa naissance pour être
sûr et ne pas risquer. C’est de l’économie.
La naissance a lieu le jour de vie avec un pli.
Elle remonte à la surface. C’est 181 qui parle.
Les autres existants sont compris sous 99.
Gröll se souvient de petit mais pas tout.
Les barbituriques sont finalement.
Surtout le soir. Loin maintenant tout
se tient dans l’avenir et surtout.

3

Dieu me chie dans les bottes et alors ?
Gröll n’est pas parallèle. Mes pensées
c’est du café avec un peu d’électricité
sous la forme d’un triangle équilatéral
dont un côté est vertical et l’autre horizontal.
Gröll est composé de trois points : la nuque
la nuque et la nuque. Il possède un dos
et un ventre et ce ventre a sept ventres
plus un. La discussion de cette question
est ainsi. Lorsqu’on retranche 12
il reste peut-être et c’est bon.

4

Marcher sur l’eau n’est pas. Ni
regarder. Il faut et il faut pour voir
un sourire et puis aussi.
Gröll attend Gröll mais ne vient
pas. Il chante dessus et autour
et fume une durée avec des couleurs.
Gröll poursuit Gröll sans le reconnaître.
Sa peur de devenir une table sans teint
car il grouille de formules mathématiques.
Si on prend un arbre il faut bien
admettre que c’est un mauvais exemple.

5

Gröll va voir l’océan de mer.
Il regarde le bleu qui intercède entre lui
sans faille. Du bleu compact qui
tranche et qui. J’aime respirer l’odeur
et sentir. Les poissons c’est de l’eau
concentrée qui danse. Les poissons
se tiennent dans le bleu très bien.
Ils savent parler vent. Je suis télépathe
avec les couleurs. Les sons c’est moins.
C’est comme du verre sinon rien
et puis c’est pire.

6

Le froid c’est la dent qui sait.
Quand il pleut il y a peu d’espace entre les jours.
Le ciel est très bas et en face on range
les arbres quelque chose. Si c’est le vent
on s’enroule. Il n’y a pas de mystère
quand c’est rouge rouge tout est clair.
Le ciel violet c’est Gröll qui caresse
avec les doigts plus épais qu’une éponge.
Les lettres ne font que chiffrer
les degrés de la hiérarchie de l’être
et pourtant non.

7

Les animaux poussent dans la sueur.
Ils ont tendance à prendre de l’embonpoint.
La souffrance des animaux est blanche et rouge.
Elle ressemble à la nôtre en tous points sauf
au centre. Là se trouve une bulle qui. Se fige.
Les animaux ne se plaignent pas. Surtout
les chiens. Ils pénètrent dans l’air avec leur forme
et n’en ressortent pas avant la fin qui est
une multitude ou presque. Alors survient alors.
Certains disent qu’il y a un rapport
mais Gröll n’y voit que du feu.

8

Les hommes il a des restes de reptiles dans le sang.
A l’angle de la tête on trouve l’épine qui est
aussi appelé l’esprit. La chair c’est un essai
de peau au ras des os. Les écailles on les met
où on peut autour des oreilles et ailleurs.
Les hommes ils ont le nez bien en bouche
juste au-dessus de la clavicule sud.
Celle qu’on rase avec le marteau à pointes.
Entre genoux et poumons il y a quoi.
Tout ça bien sûr c’est tombé du ciel
avec une petite gousse d’étoile pygmée.

9

Après la mort il y a une olive au centre
d’une pizza. Il faut faire attention au gruyère
fondu si on veut rentrer et se retrouver.
J’y ai donné rendez-vous à un ami
mais personne ne sait qui arrivera le premier.
A l’enterrement les gens pleurent
ce qui n’est pas un mal du point de vue.
Pourtant la mort pourtant c’est juste de l’usure.
Il suffit de rire et de. Voilà tout. Gröll lui n’a pas
peur car il est légèrement strabisme et porte
des chaussures jusqu’au bout des orteils.

10

Quelle violence assez le monde par ici.
En France il y a du gras c’est pour ça.
Moi je regarde par la fenêtre et j’aspère.
Je viens d’un souvent qui n’est pas neutre.
C’est le mieux. Il y aurait beaucoup à dire
des indigènes d’ici. Gröll trouve qu’ils ont
la fatigue sans aucune majesté et puis c’est tout.
Sur les trottoirs on voit des crottes et des figures
et parfois tout se mélange parfois. Voilà qui
ressemble à du pâté de tête qui pousse.
Ou du chiendent. C’est cochon comme cochon.

11

Les gens prennent svt les idiots pour des idiots
ou pts d’interrogation. C’est une façon de voir
les choses qui est imperméable et technique
et surtout. L’idiot en fait est un placenta qui pense.
Juste il ralenti le rythme pour être plus près
et plus près. Gröll n’est pas idiot. Ses pensées
il les range bien soigneusement dans une boîte
puis compose le numéro téléphonique du temps.
Gröll pense qu’il pourrait animer un jeu TV.
Ou bien danser avec Madonna une partie
de ping-pong en forme de bierre.

12

La Terre est notre grille-pain.
Les nuages n’ont rien à voir avec la pluie.
Les nuages sont roulement de tambour
et voilà. L’horizon on le tartine de goudron
et on ajoute des pierres et des briques.
Dans certains coins le vent soulève
le paysage et le découpe en tableaux.
On dirait des photos avec de la lumière
de la lumière créaturelle qui bouge.
La lumière est à l’opposé du noir.
Elle n’a pas de respiration dans l’espace.

13

Le lundi c’est certains jours.
Il y a aussi mercredi et jeudi.
D’autres jours c’est dimanche que faire.
Alors on marche. Il s’agit de décoller
les pieds du sol. Parfois c’est un peu pénible
et un peu parfois. Mais il arrive aussi qu’on
se laisse glisser. Certains appellent ça le ski.
Marcher ce n’est pas dur c’est même là qu’on
trouve les meilleurs couteaux. Quand on y songe.
Un jour on pourra se déplacer à l’aide du crabe
qui se situe entre les jambes droites.

14

Quand je me réveille je regarde ma tête
et je la trouve. Ensuite il y a ensuite et puis
tartines et confitures. Sans oublier le thé.
Pour peigner ses dents Gröll utilise une brosse.
Il se lave le besoin sexuel par des vomissements de nez.
Gröll n’a jamais pris la forme d’une chaise ou d’un lit
pourtant parfois on s’assoit sur moi et c’est bouse.
Il se peut que je m’énerve mais je suis très patient.
Car je crois que je ne suis pas encore mort.
A la fin il s’habille en pantalon conformément à l’usage d’ici.
S’il fait beau je sors de chez moi tout en longueur.

Thursday, September 07, 2006

Gilles Toog: Ovidie, Coralie et les autres

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accessoires


pourquoi refilment-ils
tout ça on l'a déjà vu
des centaines de fois
on connaît les limites
sont sues elles sont
au nombre de
4 accessoires main
bouche vagin anus
avec ça on n'écrit pas
un poème on ne fait
pas un film on baise
juste pour de vrai

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ovidie elle tu te places en-dessous
il vient la prendre mais c'est elle
qui la caméra est là tu la branles
alternativement tu lui suces les
couilles tu lui caresses les seins
pendant qu'elle regarde tu prends
position derrière tu te mets sur
l'accoudoir le cul sur l'accoudoir
elle s'occupe de toi pas comme ça
plus de velouté la minette avec
coralie elle entre se déhabille
elle se positionne doggystyle
comme si elle attendait son tour
toi tu tu passes de l'une à l'autre
en tenant sa bite ça va en dessous
non non je vous oublie pas allez
on la fait moteur action ça tourne

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figures


tout repose sur un nombre limité de combinaisons
les accessoires sont au nombre de 4
BMVA main bouche vagin anus
la combinatoire humaine

HF FF HHF FFF
HHHF HFF HFFF
HHFF HHFFF HHHFF
HHHHFFF
HHFFFFF
HHHHHFFFF
FFFF HH HHH


est beaucoup plus complexe moins prévisible
un bon scénario doit prendre en compte
la question arithmétique
qui détermine le nombre de figures possibles

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révolution


baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baiseront
mort au travail qui tue oui aux plaisirs qui ne tuent pas
non au couple légitime oui aux amours nombreuses
on n'est jamais assez à plusieurs pour se faire du bien

boulevard saint michel pavé en main contre le pouvoir
ça s'est terminé sur le canapé avec une caméra et les copains
c'est devenu un business cinéma vhs dvd internet parfois
j'ai l'impression que le pavé m'est retombé sur la tête

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orgie en noir


des études américaines de 1971 ont démontré
que le visionnage d'un film érotique augmente
considérablement la libido pendant deux jours
puis cela redescend les filles qui font ce métier

veulent désinhiber les gens qu'ils se sentent à l'aise
avec leur sexualité qu'ils apprennent à jouir
qu'ils ne culpabilisent pas qu'ils développent
d'autres connaissances et techniques sexuelles

les pionnières en france bourdon sylvia beccarie
claudine lahaye brigitte se sont souvent heurtées
aux féministes qu'on appelait souvenez-vous les
mal baisées ovidie est descendue au vidéo club

elle était excitée par les films avec son ami punk
là-bas à Tours les films américains la fascinaient
elle regardait les filles avec le regard gourmand
d'un mâle elle en a produit plusieurs orgie en noir

série Z elle pense son érotisme n'est pas de façade
on lui a reproché parfois son deug de philosophie
comme si l'érotisme n'était pas aussi objet à penser
le sexe est ouvert comme un possible depuis le voile

jusqu'à l'orgie en noir

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ce toujours besoin de frotter
peau contre peau sexe
contre sexe mot contre mot
pare-choc contre pare-choc

en frottement toujours
en mouvement sous peine
de quoi au juste on oublie
ah oui sous peine de ne pas

frotter

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hors caméra


ne me branle pas sinon
je risque de jouir avant
de m'être introduit en toi

je te branle parce que j'en
ai envie je me fous de la prod
je te branle et je m'en branle

mais si je jouis ça va retarder
la scène il va falloir attendre
que je rebande

je me fous de la scène je te
branle parce que j'en ai envie
j'ai envie de te voir jouir

...........................


je n'ai jamais eu de rapports normaux
avec les mecs c'étaient toujours
des dingues de cul ils n'avaient que ça
en tête le cul le cul le cul le cul
ils pensaient qu'à la baise constante
tous les mecs avec qui je suis sortie
il y en a qu'un qui m'a filmée
j'ai aimé me voir baisée par lui
c'est pas de l'humiliation c'est la rage
du sexe que j'ai aimée voir j'ai aimé
me voir possédée par elle à travers lui
pourquoi je crois que c'est une colère
qui s'est transformée en volonté de jouir
peut-être que ça a quelque chose à voir
avec l'enfance difficile de savoir

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actrice


si j'avais été aimée enfant
j'aurais pas connu ce besoin
de montrer mon corps
provoquer le désir de mon corps
l'offrir à l'infinité des regards
à la multiplicité hasardeuse
de partenaires réels ou virtuels
si mes parents peut-être
je serais pas hardeuse

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la preuve de l'existence du cul


vous savez moi quand je vois un homme
qui traverse la rue je pense
qu'il est la preuve de l'existence du cul
sans cul nul homme n'eut traversé la rue

si ce soir-là la femme avait dit à son mari
pas ce soir chéri je suis fatiguée
je n'aurais pas cette preuve sous les yeux

en le voyant ainsi traverser je pense
tout de même quelle excellente preuve
de l'existence du cul
que cet homme traversant la rue

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déjà résonne au loin


assourdie par d'épais
coussins je n'entends
plus le dehors ce
puits où chaque pierre
chaque visage
chaque paire d'yeux
chaque chacun
chacune chacal
déjà résonne au loin
un bruit de pas
le dehors approche
son étreinte est proche

...........................


ovidie coralie et les autres
en ont vu beaucoup
et sous tous les angles
on les a vues plus
qu'on ne voit quand on
n'en voit pas autant
pas même à trois
jamais on ne peut voir
tout ce que l'on voit
dieu seul voit tout
a tous les points de vue
mais le cinéma l'intéresse
moins que l'action

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CCC

pourquoi toujours
piscine château
pourquoi pas
cuisine cave cellier

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astronomique


cacher les images que les enfants
ne voient pas les images elles
débordent dégoulinent
leur horloge érotique avance

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mordicus


le poète e soutient que poésie
lyrique et porno gay ce sont
deux branches du même arbre
deux membres d'un même corps

je n'ai pas trouvé d'arguments
aptes à le détromper il m'a envoyé
une photographie de son sexe
en érection sur lequel j'ai pu lire

nous sommes tous des innocents

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sel, détruites


comme au supermarché sur
le comptoir halète les clients
branlent le bus pareil il faut
que le chauffeur par la passagère
pour qu'on puisse repartir
idem à la poste idem à la banque
aux impôts à l'anpe au louvre
dans les jardins publics les hôpitaux
dans la rue partout de tout côté
pas un angle non contaminé par
cette fièvre des (d)ébats ont lieu
des lois des mesures on ne doit pas
prises dans sur après à telle ou
telle heure époque du sel, ils

brûlent


(Une version lue de ce texte figure sur Kilobytes'Patron.)

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